« 5 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 9-10], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9199, page consultée le 25 janvier 2026.
5 avril [1840], dimanche, midi ¼
Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour je t’aime et je suis si triste, triste, triste. Notre dîner ou plutôt la carte de notre dîner est ensorcelée, à peine as-tu été parti hier que je me suis aperçue de ce qui me manquait et je me serais donnéa des coups de poings dans les yeux tant j’étais furieuse et malheureuse. Je suis bien malheureuse vraiment mon Toto et pour un peu je jetterais le manche après la cognée. Ce sont de ces petites blessures plus insupportables mille fois que les grandes car on n’a pas pour se défendre contre elles le courage et la résignation et rien n’est plus douloureux. Quant à moi je n’ai pas d’autre ressource pour obtenir cette maudite carte deux fois PERDUE que de te sauter au collet la prochaine fois que je te verrai et de ne te lâcher que lorsque tu m’auras délivré mon dîner et délivrée du guignon qui l’assaisonneb de manière si vinaigrante. Il fait un temps du bon Dieu aujourd’hui et ce serait le cas de me faire sortir en attendant l’heure de Mme Pierceau. Cependant je ne te le demande pas pour ne pas t’importuner dans le cas où tu ne le pourrais pas. Baisez-moi mon Toto chéri, baisez-moi, aimez-moi et adressez-vous bien des reproches, si, comme je le crains, vous avez une seconde fois cette atroce méchanceté de mettre à profit un moment de préoccupationc d’amour pour me priver de ce morceau de papier auquel je tiens comme à tout ce qui me rappelle un moment heureux passé avec vous. Je vous pardonne et je vous aime.
Juliette
a « donnée ».
b « assaissonne ».
c « préocupation ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
